Greffe

Comment et quand greffer un figuier pour assurer une reprise optimale et une production abondante

Comment et quand greffer un figuier pour assurer une reprise optimale et une production abondante

Comment et quand greffer un figuier pour assurer une reprise optimale et une production abondante

Dans les jardins paisibles où l’été s’attarde, le figuier est un vieux sage. Sa silhouette noueuse porte en elle la mémoire des soleils passés, des sécheresses traversées, des pluies reconnaissantes. Mais pour que ce sage offre généreusement ses figues, parfois, un geste humain s’impose : la greffe. C’est une alliance discrète entre deux bois, une promesse de récoltes plus abondantes et de variétés mieux adaptées à votre terrain.

Pourquoi greffer un figuier ? Une alchimie entre bois et lumière

Greffer un figuier, ce n’est pas seulement un exercice botanique. C’est une manière de guider l’arbre vers son plein potentiel. Les raisons sont multiples :

Sous le couteau qui tranche net l’écorce, ce n’est pas une mutilation, mais une ouverture : on invite un autre figuier à prendre place sur ces conduits de sève, à s’abreuver à cette source déjà installée dans le sol.

Quand greffer un figuier pour une reprise optimale ?

Le figuier est un méditerranéen dans l’âme. Il n’aime ni le froid piquant, ni les excès d’eau froide dans ses racines au sortir de l’hiver. Le moment de la greffe doit respecter son rythme intime.

En pratique, deux grandes périodes se distinguent :

Pour être plus précis :

Un repère simple : observez votre figuier. Lorsque les bourgeons commencent à se bomber, que l’écorce se fait légèrement plus souple sous le doigt, la sève est aux aguets. C’est alors qu’une greffe bien menée a le plus de chances de « prendre ».

Choisir le porte-greffe et le greffon : les noces de raison

Un mariage réussi dépend des deux partenaires. Pour le figuier, c’est surtout le porte-greffe qui scelle le destin de la future production.

Le porte-greffe : racines, vigueur et résilience

Le porte-greffe est le figuier support, celui qui fournit les racines et le tronc. On utilise généralement des figuiers issus de semis ou des rejets spontanés, parfois un figuier déjà planté depuis des années.

Les critères à privilégier :

De nombreux jardiniers récupèrent ainsi un vieux figuier peu intéressant en goût mais solidement enraciné, et le transforment, par la greffe, en support pour une ou plusieurs variétés fines et sucrées.

Le greffon : la promesse des figues à venir

Le greffon est un morceau de jeune rameau, portant 2 à 4 bourgeons bien formés, prélevé sur un figuier de variété connue et appréciée.

Quelques règles simples :

Il y a, dans ce petit morceau de bois, toute une histoire génétique : celle d’un figuier qui a traversé des décennies, peut-être plusieurs générations humaines, et que vous invitez maintenant à s’enraciner dans votre propre sol.

Quel type de greffe choisir sur le figuier ?

Le figuier accepte plusieurs techniques de greffe. Certaines sont simples et parfaitement accessibles au jardinier patient, d’autres demandent un peu plus de précision.

Greffe en fente : la grande classique de fin d’hiver

Adaptée aux jeunes troncs ou branches de 1 à 3 cm de diamètre, la greffe en fente est appréciée pour sa simplicité.

Principe : on pratique une fente verticale dans le porte-greffe, dans laquelle on insère un ou deux greffons taillés en biseau.

Étapes principales :

Sur le figuier, le bois est parfois fibreux : travaillez avec un outil tranchant et n’hésitez pas à affiner la fente, mais sans éclater le tronc. La précision vaut mieux que la force.

Greffe en incrustation : plus fine, plus discrète

La greffe en incrustation est idéale pour des porte-greffes un peu plus gros (2 à 5 cm de diamètre) et permet une meilleure continuité de l’écorce.

Principe : on creuse une petite logette dans le porte-greffe pour y « incruster » le greffon taillé en biseau correspondant.

En résumé :

Cette technique respecte mieux la structure du figuier, notamment sur les sujets un peu âgés. Elle est très utilisée par ceux qui souhaitent transformer progressivement un vieux figuier en nouvelle variété, branche par branche.

Greffe à l’écusson : l’art d’installer un œil

Plus délicate, la greffe à l’écusson convient bien dans les régions où le printemps et l’été sont suffisamment doux et humides pour éviter un dessèchement rapide.

Principe : on prélève un œil (un bourgeon) sur un rameau de la variété désirée, avec une petite écaille d’écorce, que l’on insère sous l’écorce du porte-greffe.

Un déroulé simplifié :

On pratique souvent ici ce qu’on appelle un œil dormant (posé en été, qui poussera au printemps suivant) ou un œil poussant (posé assez tôt pour démarrer dans la même saison). Sur le figuier, l’œil dormant offre généralement une meilleure reprise et une croissance plus équilibrée.

Conditions de réussite : ce que le figuier exige en silence

Un geste de greffe, aussi bien exécuté soit-il, ne suffit pas. L’arbre, lui, demande des conditions propices pour cicatriser et lier ces deux bois étrangers.

Un vieux jardinier me disait : « Sur la greffe, tout ce qui sèche meurt. » C’est excessif, bien sûr, mais cela rappelle à quel point la protection contre le dessèchement est cruciale, surtout sur un arbre à bois tendre comme le figuier.

Soins après la greffe : accompagner la reprise

Une greffe n’est pas un acte ponctuel : c’est une relation à suivre, à ajuster, parfois à corriger. Les semaines qui suivent sont décisives.

Votre attention doit se porter sur plusieurs points :

Les premiers signes encourageants sont l’éclatement des bourgeons du greffon, suivis d’une pousse verte et ferme. Si le bois noircit ou se ride fortement, la greffe n’a sans doute pas pris. Rien n’est perdu : le figuier, généreux, autorise la tentative suivante.

Vers une production abondante : équilibrer vigueur et fructification

Greffer un figuier, c’est déjà préparer l’abondance. Mais pour que les figues se multiplient, un peu de discernement s’impose dans les années qui suivent.

Un figuier bien greffé, bien formé et installé dans un sol qu’il comprend, peut offrir chaque été des paniers entiers de figues, jusqu’à saturer l’air de leur odeur de miel mûr.

Un dernier mot au pied de l’arbre

Greffer un figuier, c’est accepter d’entrer dans le temps lent de l’arbre. Le geste ne se juge pas à la semaine, mais à la saison, parfois à l’année. On taille, on ligature, on attend. On recommence, si besoin. Et un jour, presque discrètement, un greffon jadis frêle aura pris la place, les racines profondes d’un autre et la générosité fruitière de son propre lignage.

Au fond, la greffe n’est qu’un prétexte. Prétexte pour observer de plus près l’écorce qui se soulève, la sève qui cicatrise, la patience qui s’apprend. Et lorsque vous cueillerez, du bout des doigts, la première figue d’un arbre que vous aurez vous-même transformé, vous comprendrez pourquoi tant de jardiniers reviennent, année après année, à ce délicat artisanat du vivant.

Quitter la version mobile