Greffe

Comment greffer un abricotier pour rejuvener un vieux sujet ou changer de variété avec succès

Comment greffer un abricotier pour rejuvener un vieux sujet ou changer de variété avec succès

Comment greffer un abricotier pour rejuvener un vieux sujet ou changer de variété avec succès

Pourquoi greffer un abricotier : redonner souffle à un vieux compagnon

Il arrive un jour où l’on regarde un vieil abricotier comme on regarde un ancien ami : avec gratitude, mais aussi avec une question muette. Les rameaux se dégarnissent, les fruits se raréfient, le bois se creuse de mousses et de lichens. Faut-il le remplacer, abattre cette mémoire de jardin pour la confier au feu ?

La greffe offre une autre voie, plus douce, presque chuchotée : redonner vigueur à ce vieux sujet, ou bien lui offrir une nouvelle voix – une variété plus savoureuse, plus résistante, plus adaptée au climat qui change. Greffer un abricotier, c’est inscrire la continuité dans le bois même, prolongeant la vie plutôt que la tranchant.

Dans les lignes qui suivent, nous allons voir comment choisir le bon moment, le bon porte-greffe, le bon geste – et comment, surtout, écouter ce que l’arbre est capable d’accepter sans le briser.

Rejuvener ou changer de variété : que voulez-vous vraiment faire ?

Avant de sortir le greffoir, il faut clarifier votre intention. Les objectifs ne sont pas tout à fait les mêmes selon que vous souhaitez simplement redonner vigueur ou transformer plus radicalement l’arbre.

On peut distinguer deux grandes démarches :

Dans les deux cas, la clé est la même : respecter le rythme de l’arbre, ne jamais demander trop d’un coup à un organisme déjà fatigué.

Choisir le bon porte-greffe : sur quoi fonder le renouveau ?

On l’oublie souvent : en greffant sur un vieux sujet, votre porte-greffe est déjà là, en place, parfois depuis plusieurs décennies. Il ne s’agit plus de choisir un plant en pépinière, mais d’évaluer la santé de celui qui habite déjà votre jardin.

Un abricotier âgé peut être un bon porteur de greffe si :

En revanche, mieux vaut renoncer à greffer – et songer à replanter – si :

Un porte-greffe, même ancien, doit être vivant de l’intérieur. Vos greffons seront comme de jeunes poètes : ils ont besoin d’un éditeur solide pour porter leur voix jusqu’aux fruits.

Quand greffer un abricotier : lire le calendrier dans la sève

L’abricotier est un arbre sensible, prompt à la gomme, parfois capricieux sous le greffoir. Le choix du moment est donc crucial. Deux grandes périodes s’offrent à vous :

La greffe de fin d’hiver / début de printemps

De fin février à mi-avril, selon les régions, lorsque :

Cette période est favorable aux greffes à bois :

Plus vous êtes en climat froid, plus vous retarderez légèrement l’opération. Dans les régions à hiver doux, les fenêtres de greffe peuvent s’ouvrir dès février.

La greffe en écusson (été)

Pour transformer un arbre encore relativement vigoureux, la greffe en écusson (un œil de la nouvelle variété sur une jeune branche de l’ancienne) peut se faire en été, lorsque l’écorce se décolle « comme un gant » :

Cependant, sur un très vieux sujet, l’écussonnage est souvent moins adapté que les greffes à bois sur grosses sections, qui permettent de reconstruire une nouvelle charpente à partir du squelette existant.

Préparer les greffons : choisir la mémoire à transmettre

Votre greffon, c’est la phrase nouvelle que vous venez inscrire dans le bois ancien. Il mérite une préparation attentive.

Pour l’abricotier :

Conservez-les ensuite jusqu’à la date de greffe :

Ils doivent rester fermes, non desséchés, sans départ de végétation. Un greffon ridé est un greffon déjà en train de renoncer.

Matériel : les outils du rituel

Un vieux tronc se travaille avec le même respect qu’une relique. Les outils doivent être simples, mais impeccablement entretenus :

Désinfectez lames et mains entre chaque arbre, surtout si vous travaillez sur plusieurs sujets : un virus, un champignon, se transmettent bien plus vite qu’une histoire au coin du feu.

Greffer un vieux abricotier : la greffe en fente sur charpentière

Sur un vieux sujet, la greffe en fente est une méthode robuste, adaptée aux branches de bon diamètre (2 à 6 cm). Elle permet de remplacer peu à peu la ramure, tout en laissant à l’arbre le temps de s’habituer à ses nouvelles pousses.

Voici la démarche, pas à pas :

1. Choisir la branche à greffer

2. Préparer la coupe

3. Ouvrir la fente

4. Préparer les greffons

5. Insérer les greffons

6. Serrer et ligaturer

7. Protéger avec du mastic

Sur un vieil abricotier, cette greffe s’apparente à une opération de charpente : vous remplacez un bras, tout en conservant le corps. N’en faites pas trop en une seule année : greffer une ou deux grosses charpentières suffit amplement pour commencer.

Greffe en incrustation : pour les branches un peu plus fines

Quand les branches sont moins épaisses, mais tout de même bien établies, la greffe en incrustation permet une soudure fine et solide. Elle est particulièrement utile pour « meubler » l’intérieur d’une ramure vieillissante.

Le principe :

Cette méthode, plus délicate, convient bien aux jardiniers qui ont déjà un peu de pratique du greffage. Sur un vieux sujet, elle permet de multiplier les points de greffe sans ouvrir de grandes plaies comme en fente.

Changer de variété : surgreffer sans brutaliser l’arbre

Transformer un abricotier fatigué en porteur d’une nouvelle variété est une belle façon de ne pas rompre le fil : les racines, elles, restent là, ancrées dans leur mémoire de sol. Mais l’opération demande tact et patience.

Quelques principes de prudence :

Le choix de la nouvelle variété est aussi un acte de lucidité. Un abricotier ancien, greffé il y a trente ou quarante ans, n’a pas connu les mêmes contraintes climatiques que celles d’aujourd’hui. Il peut être judicieux de choisir :

Ainsi, sur un même squelette, vous pouvez faire chanter plusieurs voix fruitières : un arbre-mémoire qui s’adapte, sans renier ce qu’il fut.

Soins après la greffe : accompagner la reprise

Une greffe réussie ne se mesure pas le jour où l’on range le greffoir, mais des semaines plus tard, lorsque les yeux gonflent et que les jeunes pousses s’allongent. Cette période, fragile, demande une attention régulière.

À surveiller, notamment :

Au fil des semaines, les jeunes rameaux issus des greffons devront être tuteurés si le vent les menace. Le point de greffe est une articulation fragile : une tempête de fin de printemps peut rompre en une nuit ce que vous avez patiemment préparé.

Tailler ensuite : sculpter la nouvelle silhouette

Greffer un vieux sujet, c’est aussi, à moyen terme, redessiner sa forme. Sans une taille douce et réfléchie, les nouvelles variétés peuvent s’allonger sans structure, rendant l’arbre vulnérable et difficile à récolter.

Les premières années :

L’objectif n’est pas d’obtenir un fouillis de bois, mais quelques branches fortes, bien orientées, capables de porter le poids de la fructification à venir sans casser. Le vieux tronc reprend alors sa fonction d’armature, soutenant une tête entièrement renouvelée.

Quand l’arbre répond : signes de succès et petites déceptions

Le printemps suivant la greffe est souvent le moment de vérité. Les signes encourageants :

Mais tout n’est pas toujours parfait. Il est fréquent, sur un très vieux abricotier :

Ne prenez pas ces échecs partiels comme un refus, mais comme un ajustement. Un arbre très âgé a ses limites. Il vous dira parfois où il peut encore porter du nouveau bois, et où il préfère rester ce qu’il est déjà.

Greffer un abricotier : un pacte plus qu’une technique

Au fond, chaque greffe sur un vieux sujet est un pacte discret entre deux âges du monde : la vigueur d’un rameau jeune et la sagesse lente d’un tronc ancien. L’outil, le geste, la méthode comptent, bien sûr, mais ils ne sont que la grammaire d’un langage plus vaste.

En choisissant de greffer plutôt que d’arracher, vous acceptez de composer avec les cicatrices, les déséquilibres, les souvenirs inscrits dans le bois. Vous ne cherchez pas à imposer une perfection de pépinière, mais à prolonger une histoire en cours.

Quand, un matin de juin, vous cueillerez les premiers abricots d’une nouvelle variété sur ce vieux squelette que vous n’avez pas condamné, vous saurez que le greffage n’est pas qu’un savoir-faire horticole. C’est aussi, humblement, une manière de dire à l’arbre : « Reste encore un peu. Nous avons encore des saisons à partager. »

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