Comment et quand greffer un figuier pour assurer une reprise optimale et une production abondante

Comment et quand greffer un figuier pour assurer une reprise optimale et une production abondante

Dans les jardins paisibles où l’été s’attarde, le figuier est un vieux sage. Sa silhouette noueuse porte en elle la mémoire des soleils passés, des sécheresses traversées, des pluies reconnaissantes. Mais pour que ce sage offre généreusement ses figues, parfois, un geste humain s’impose : la greffe. C’est une alliance discrète entre deux bois, une promesse de récoltes plus abondantes et de variétés mieux adaptées à votre terrain.

Pourquoi greffer un figuier ? Une alchimie entre bois et lumière

Greffer un figuier, ce n’est pas seulement un exercice botanique. C’est une manière de guider l’arbre vers son plein potentiel. Les raisons sont multiples :

  • Améliorer la production : un figuier déjà en place mais peu productif peut recevoir une variété plus généreuse.
  • Adapter la variété au climat : certaines figues supportent mieux l’humidité, d’autres la sécheresse ou le froid.
  • Accélérer la mise à fruit : un figuier issu de semis peut mettre des années à fructifier, alors qu’une greffe d’une variété adulte raccourcit ce délai.
  • Multigreffage : sur un seul tronc, vous pouvez installer plusieurs variétés, aux couleurs et aux périodes de maturité différentes.
  • Sauver un arbre : un figuier gelé ou abîmé peut repartir de la souche et être regreffé sur ses rejets vigoureux.

Sous le couteau qui tranche net l’écorce, ce n’est pas une mutilation, mais une ouverture : on invite un autre figuier à prendre place sur ces conduits de sève, à s’abreuver à cette source déjà installée dans le sol.

Quand greffer un figuier pour une reprise optimale ?

Le figuier est un méditerranéen dans l’âme. Il n’aime ni le froid piquant, ni les excès d’eau froide dans ses racines au sortir de l’hiver. Le moment de la greffe doit respecter son rythme intime.

En pratique, deux grandes périodes se distinguent :

  • Fin d’hiver – début de printemps : période idéale pour les greffes en fente ou en incrustation, quand le figuier est encore en repos relatif mais que la sève s’apprête à remonter.
  • Fin du printemps – début d’été : plus propice aux greffes à l’écusson (œil dormant ou œil poussant), lorsque l’écorce « décolle » bien et que la circulation de sève est active.

Pour être plus précis :

  • Climats doux (influence océanique ou méditerranéenne) : greffe en fente ou incrustation entre fin février et fin mars, dès que les fortes gelées ne sont plus à craindre ; greffes à l’écusson de fin mai à juillet.
  • Climats plus continentaux ou frais : attendez plutôt mi-mars à mi-avril pour les greffes de printemps, lorsque le sol est réchauffé et que les bourgeons gonflent à peine.

Un repère simple : observez votre figuier. Lorsque les bourgeons commencent à se bomber, que l’écorce se fait légèrement plus souple sous le doigt, la sève est aux aguets. C’est alors qu’une greffe bien menée a le plus de chances de « prendre ».

Choisir le porte-greffe et le greffon : les noces de raison

Un mariage réussi dépend des deux partenaires. Pour le figuier, c’est surtout le porte-greffe qui scelle le destin de la future production.

Le porte-greffe : racines, vigueur et résilience

Le porte-greffe est le figuier support, celui qui fournit les racines et le tronc. On utilise généralement des figuiers issus de semis ou des rejets spontanés, parfois un figuier déjà planté depuis des années.

Les critères à privilégier :

  • Bonne adaptation au sol : si un figuier survit déjà depuis longtemps dans votre jardin, ses racines connaissent les humeurs de votre terre et de votre climat. C’est un excellent candidat.
  • Vigueur : rejets robustes, bois sain, absence de crevasses suspectes ou de pourriture à la base.
  • Résistance au froid (si nécessaire) : dans les régions fraîches, gardez comme porte-greffe un sujet qui a déjà prouvé sa résilience aux hivers locaux.

De nombreux jardiniers récupèrent ainsi un vieux figuier peu intéressant en goût mais solidement enraciné, et le transforment, par la greffe, en support pour une ou plusieurs variétés fines et sucrées.

Le greffon : la promesse des figues à venir

Le greffon est un morceau de jeune rameau, portant 2 à 4 bourgeons bien formés, prélevé sur un figuier de variété connue et appréciée.

Quelques règles simples :

  • Choisissez du bois d’un an, bien aoûté (ni trop tendre, ni trop vieux), de la grosseur d’un crayon environ.
  • Prélevez les greffons en plein repos végétatif (en hiver) pour les greffes de fin d’hiver, et conservez-les au frais (en bas de réfrigérateur, emballés dans un linge légèrement humide ou du papier journal).
  • Pour les greffes d’été à l’écusson, prélevez les yeux sur des rameaux bien actifs, le jour même de la greffe.
  • Préférez toujours un figuier mère productif, sain, exempt de maladies apparentes et dont vous connaissez la qualité gustative.

Il y a, dans ce petit morceau de bois, toute une histoire génétique : celle d’un figuier qui a traversé des décennies, peut-être plusieurs générations humaines, et que vous invitez maintenant à s’enraciner dans votre propre sol.

Quel type de greffe choisir sur le figuier ?

Le figuier accepte plusieurs techniques de greffe. Certaines sont simples et parfaitement accessibles au jardinier patient, d’autres demandent un peu plus de précision.

Greffe en fente : la grande classique de fin d’hiver

Adaptée aux jeunes troncs ou branches de 1 à 3 cm de diamètre, la greffe en fente est appréciée pour sa simplicité.

Principe : on pratique une fente verticale dans le porte-greffe, dans laquelle on insère un ou deux greffons taillés en biseau.

Étapes principales :

  • Sectionnez net le porte-greffe à la hauteur souhaitée (généralement entre 20 cm et 1 m du sol, selon la forme souhaitée).
  • Avec un couteau bien affûté ou un greffoir, réalisez une fente verticale de 2 à 3 cm de profondeur au centre de la coupe.
  • Préparez le greffon : taillez sa base en biseau double, en forme de coin.
  • Insérez délicatement le greffon dans la fente, de sorte que les cambiums (la fine zone verte sous l’écorce) du greffon et du porte-greffe se touchent au moins d’un côté.
  • Ligaturez soigneusement avec du raphia, un lien élastique ou du ruban de greffage, puis mastiquez la coupe pour éviter le dessèchement.

Sur le figuier, le bois est parfois fibreux : travaillez avec un outil tranchant et n’hésitez pas à affiner la fente, mais sans éclater le tronc. La précision vaut mieux que la force.

Greffe en incrustation : plus fine, plus discrète

La greffe en incrustation est idéale pour des porte-greffes un peu plus gros (2 à 5 cm de diamètre) et permet une meilleure continuité de l’écorce.

Principe : on creuse une petite logette dans le porte-greffe pour y « incruster » le greffon taillé en biseau correspondant.

En résumé :

  • Sur le côté du tronc ou de la branche, faites une entaille en forme de petite languette, en prélevant un fin rectangle de bois et d’écorce.
  • Préparez le greffon de manière à ce qu’il épouse la forme de cette encoche.
  • Insérez le greffon, ajustez au mieux la coïncidence des cambiums.
  • Ligaturez serré et mastiquez tout le pourtour.

Cette technique respecte mieux la structure du figuier, notamment sur les sujets un peu âgés. Elle est très utilisée par ceux qui souhaitent transformer progressivement un vieux figuier en nouvelle variété, branche par branche.

Greffe à l’écusson : l’art d’installer un œil

Plus délicate, la greffe à l’écusson convient bien dans les régions où le printemps et l’été sont suffisamment doux et humides pour éviter un dessèchement rapide.

Principe : on prélève un œil (un bourgeon) sur un rameau de la variété désirée, avec une petite écaille d’écorce, que l’on insère sous l’écorce du porte-greffe.

Un déroulé simplifié :

  • Sur le greffon, découpez un écusson : un fin lambeau d’écorce ovoïde, portant un bourgeon en son centre.
  • Sur le porte-greffe, incisez l’écorce en forme de T inversé, en veillant à ne trancher que l’écorce, pas le bois.
  • Relevez délicatement les bords de l’écorce et glissez-y l’écusson, bourgeon vers le haut.
  • Ligaturez sans recouvrir le bourgeon, afin qu’il reste visible et libre.

On pratique souvent ici ce qu’on appelle un œil dormant (posé en été, qui poussera au printemps suivant) ou un œil poussant (posé assez tôt pour démarrer dans la même saison). Sur le figuier, l’œil dormant offre généralement une meilleure reprise et une croissance plus équilibrée.

Conditions de réussite : ce que le figuier exige en silence

Un geste de greffe, aussi bien exécuté soit-il, ne suffit pas. L’arbre, lui, demande des conditions propices pour cicatriser et lier ces deux bois étrangers.

  • Température douce : évitez les périodes de gel. Une fourchette idéale se situe autour de 15–25 °C pour les greffes en activité.
  • Humidité modérée : un sol légèrement frais, mais jamais détrempé. Le figuier tolère la sécheresse, mais pas l’eau stagnante autour de ses racines.
  • Protection du soleil direct : sur les jeunes greffes, un soleil brûlant peut dessécher les tissus. Un voile léger, un sac en papier percé ou la simple ombre d’une planche peuvent faire la différence.
  • Outils impeccablement affûtés et propres : lisse coupe, meilleure cicatrisation, risque de maladie réduit. Un passage à l’alcool entre chaque arbre est un réflexe précieux.
  • Ligature adaptée : suffisamment serrée pour maintenir les cambiums en contact, mais pas au point d’étrangler le jeune point de greffe à mesure qu’il grossit.

Un vieux jardinier me disait : « Sur la greffe, tout ce qui sèche meurt. » C’est excessif, bien sûr, mais cela rappelle à quel point la protection contre le dessèchement est cruciale, surtout sur un arbre à bois tendre comme le figuier.

Soins après la greffe : accompagner la reprise

Une greffe n’est pas un acte ponctuel : c’est une relation à suivre, à ajuster, parfois à corriger. Les semaines qui suivent sont décisives.

Votre attention doit se porter sur plusieurs points :

  • Surveillance de la ligature : au bout de quelques semaines, vérifiez que le lien ne s’incruste pas dans le bois. Desserrez ou remplacez si besoin.
  • Suppression des rejets du porte-greffe : tous les bourgeons qui se développent en dessous du point de greffe doivent être retirés, pour que la sève nourrisse le greffon et non les pousses concurrentes.
  • Protection mécanique : un jeune greffon est fragile. Un coup de vent, un oiseau mal inspiré, un ballon égaré suffisent. Un tuteur discret et un lien souple peuvent stabiliser l’ensemble.
  • Arrosage mesuré : en sol très sec, un arrosage modéré et espacé aide la reprise. Le figuier n’aime pas les excès, il préfère une sobriété régulière.

Les premiers signes encourageants sont l’éclatement des bourgeons du greffon, suivis d’une pousse verte et ferme. Si le bois noircit ou se ride fortement, la greffe n’a sans doute pas pris. Rien n’est perdu : le figuier, généreux, autorise la tentative suivante.

Vers une production abondante : équilibrer vigueur et fructification

Greffer un figuier, c’est déjà préparer l’abondance. Mais pour que les figues se multiplient, un peu de discernement s’impose dans les années qui suivent.

  • Former la charpente : sur un jeune figuier greffé, sélectionnez 3 à 5 branches charpentières bien réparties autour du tronc. Évitez la forêt anarchique de rameaux faibles qui épuiseraient l’arbre.
  • Limiter la concurrence : en cas de multigreffage, veillez à ce qu’une variété très vigoureuse ne domine pas toutes les autres. Une taille légère et régulière permet d’équilibrer.
  • Respecter le rythme : ne demandez pas à un figuier greffé l’année précédente de fournir déjà des kilos de fruits. Les 2–3 premières saisons servent à construire le squelette de bois qui portera l’abondance future.
  • Observer la réaction : certaines variétés fructifient surtout sur le bois de l’année, d’autres sur le bois de deux ans. Adapter la taille à cette réalité permet d’éviter de couper, par inadvertance, la récolte à venir.

Un figuier bien greffé, bien formé et installé dans un sol qu’il comprend, peut offrir chaque été des paniers entiers de figues, jusqu’à saturer l’air de leur odeur de miel mûr.

Un dernier mot au pied de l’arbre

Greffer un figuier, c’est accepter d’entrer dans le temps lent de l’arbre. Le geste ne se juge pas à la semaine, mais à la saison, parfois à l’année. On taille, on ligature, on attend. On recommence, si besoin. Et un jour, presque discrètement, un greffon jadis frêle aura pris la place, les racines profondes d’un autre et la générosité fruitière de son propre lignage.

Au fond, la greffe n’est qu’un prétexte. Prétexte pour observer de plus près l’écorce qui se soulève, la sève qui cicatrise, la patience qui s’apprend. Et lorsque vous cueillerez, du bout des doigts, la première figue d’un arbre que vous aurez vous-même transformé, vous comprendrez pourquoi tant de jardiniers reviennent, année après année, à ce délicat artisanat du vivant.